
Un comptoir pour quatre, une table d’hôtes pour dix, un tourne-disque, une cuisine ouverte et, derrière, un mec, ni vieux ni jeune, répondant au nom de Christian Qui. On s’avance, on dit « bonjour », on s’assoit au bar et, après un long temps mort, le mec attaque : « Vous aimez le thon rouge ? J’ai du thon rouge pêché à la canne au large de la Côte Bleue. » Message induit : pas de sushi saumon ici. Rien que du poiscaille local, choisi tous les matins au marché du Vieux Port ou de Carros. Et donc, ce jour-là, huit sushis otoro (le ventre du thon, la partie grasse, la meilleure), un sahimi de thon rouge taillé épais, à mettre entier dans la bouche, profond, texturé, sanguin, savoureux… Plus une salade d’algues, vertes et rouges, du fenouil râpé, une vinaigrette huile d’olive et yuzu. « J’ai aussi quatre crevettes mantes. Je peux vous faire des sushis avec, si vous voulez essayer… » Crevettes « mantes » comme mantes religieuses ? Exactement ! Des ultra-violentes qui coupent, amputent volontiers les doigts de ceux qui les pêchent, mais pas de ceux qui les mangent… C’est gluant, iodé à mort. C’est fou ! Cerises sur l’estanco : Christian, qui a appris la technique à L.A., aime aussi le saké chaud (5 € le petit pichet), la bière Asahi (3,50 €) et Grandmasterflash, qui tourne en boucle sous le diamant. Et si vous jugez la maison un peu réfrigérante au premier contact, comprenez bien que c’est stratégique : Maître Qui cherche tout simplement à laisser redescendre ses clients de leur crazy monde pour les faire manger à son rythme. Canon. Comptez 20 € pour un plat de sushis ou de sashimis à partager à deux (aussi à emporter dans des box en bambou consignées). // J.S.