
C’était une boulangerie que les moins de vingt ans n’ont jamais connue ouverte, parce qu’elle était fermée. Au coin de la villa Léandre, dans le virage de l’avenue Junot, encore arpentée par quelques vieux dadaïstes, nougariens et célinoïdes, Marcel est un phare dans la nuit. En fait, le seul commerce en vue, vécu donc comme une aubaine par le voisinage, sans distinction d’âge ni de condition (le prix du mètre carré a déjà opéré la sélection…). Avec des petits plaisirs pour chacun, une dernière place au sommet du portemanteau perroquet ou quelques denrées de bonne marque à emporter. Rien à reprocher au décor, qui ressemble, en gros, à ce que ferait n’importe quel trentenaire familier des brocantes industrielles : un fond taupe, des chaises de cuisine, de la ferraille vitrée et des ampoules à filament. Ni à la musique d’ambiance, qui enfile les hits indés de la dernière pluie. Ni à cette nouvelle lubie anglosaxonophile en cuisine : fish & chips qui mériterait un peu plus de chair et de saisissement, ribs à la sauce blue cheese, « daily specials », sandwichs au pastrami, pudding, cheesecake… Ou encore burrata, mais ça, c’est italien. Jus de cranberry, iced tea ou iced matcha, café US, Bud en bouteille (boissons de 2,50 à 6,50 €), coupe de champagne Drappier et verres de vin courant (de 4,50 à 10 €). A vivre au petit déj’, au déj’, au brunch (le week-end), au dîner ou en horaires décalés, car Marcel fonctionne tous les jours en continu, comme un bureau de tabac dans un village enclavé. // Y.N.