A ceux qui hésitent devant ce vieux bistrot, au rez-de-chaussée de la maison qui a vu s’éteindre une Lumière éblouissante, nous disons ceci : savez-vous bien où vous allez mettre les pieds ? D’abord, vous devrez faire attention à la marche en entrant, puis vous habituer à la pénombre, et découvrir le tableau. Au hasard des banquettes du Voltaire, des Américains qui boivent du whisky, des octogénaires à rosette et ronds de serviette (« Ici, je prends toujours la même chose. »). Des verres qu’on glace pour l’apéritif, une carte à jaquette cuir, des serveurs à la dégaine datée du temps où l’on ne disait pas « gay » mais « pédéraste », une présentation de bêtes mortes avant découpe, des plats en métal argenté de guingois sur des assiettes à fleurs. Une terrine de raie, un poussin rôti à l’estragon, ses pommes allumettes, ses deux purées et ses légumes vapeur, des profiteroles, du vieil armagnac… Des additions tutoyant les 100 € (bien que le prix du café express ait été descendu de 4,70 à 4,50 € et que l’œuf mayonnaise très garni soit maintenu à 0,90 € dans un bel effort anti-inflationniste). Et des vedettes fidèles à la maison, à la présence aléatoire. Carte 45-129 €. // Y.N.