
À force de s’entendre dire qu’« Inaki tirait la gueule » par-ci, qu’« Aizpitarte s’ennuyait » par-là, on a fini par appréhender de dîner au Chateaubriand. Après tout, personne n’est à l’abri d’une baisse de régime. Surtout pas un chef chouchouté (endormi ?) par les bravo-hourra-amen de la critique. Autant dire que ce vendredi soir, on s’attendait à tout, sauf, pour être honnête, au meilleur : un dîner télépathique, à croire que ce diable basque avait lu dans notre inconscient stomacal. Un festival d’associations de couleurs et de textures bien senties comme, sans le savoir, on en rêvait : un divin ceviche de maigre blottie contre des coques et de jeunes oignons sous un drap léger de tomates jaunes et de fleurs de coriandre. Délicatement étendu sur un lit de pommes vitelottes à l’ail, un dos de cabillaud qu’on effeuille avec plus de plaisir encore avec un viré-clissé 2004 de Valette sur la langue (58 €). Un carré de porc basque parfaitement cuit, emmailloté avec du quinoa dans une lamelle de daikon. Un surprenant duel potager/salon de thé (purée de potimarron/glace aux amandes amères). 23 h 30. Inaki sort de sa cuisine : clope, verre de rouge, visage sombre. Bravo ! Hourrah ! Amen ! Formule déjeuner à 14 €, menu unique à 43 € le soir. Carte des vins réduite à la qualité : l’Ultime 2006 d’Yvon Metras (60 €), La Soif du Mal des Foulards Rouges (32 €), saint-joseph 2007 de Dard et Ribo (55 €)… Quant au service, ce fameux service… Ben, toujours aussi adorable pour certaines et détestable pour certains. Mais, quoi qu’il advienne, à prendre ou à laisser. // C.A.

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