
Avez-vous remarqué cette nouvelle tendance, cette « restauration à la paresseuse », comme l’eût écrit Henri Calet en sortant de table aujourd’hui ? Rien de péjoratif, au contraire. Juste une attitude, une manière de ne pas trop en faire, une décroissance dynamique. Prenez le Béguin : un ancien café-brasserie à néons, figurant encore sous le nom de « Maison Seguis » sur Google Map, dont l’essentiel a été conservé, à savoir le bar, la topographie et le climat 1950. « Enfonçons le clou ! », s’est dit Vincent Damon, homme de cinéma, en confiant la décoration fifties à la graphiste Gaëlle Faure (mobilier, luminaires, sets de table). La pellicule passe bien, puisque les ouvriers viennent encore se rincer au bar et les rombières du quartier s’en griller une en terrasse comme si rien, jamais, n’avait changé (l’établissement était pourtant fermé depuis deux ans…). Même sobriété côté nourritures : le cageot de légumes (de fermes picardes en agriculture raisonnée) à l’entrée annonce la soupe aux carottes, pommes de terre et céleri (6,50 €), les salades (celle au lomo, roquette, mâche, tomates séchées, ail doux et câpres, très fraîche, 8,50 €), les quiches du jour (potimarron/conté, 8,50 €), les fromages fermiers (3,50 € la part) et la tarte du matin (pommes, cannelle, miel, 4,50 €). Le tout gaillardement cuisiné puis servi par Valérie (ce midi-là, car il y a, d’autres jours, Guilaine et Audrey dans le même rôle), qui garde le sourire dans l’affairement et un stylo à bille dans son chignon. Verres de sauvignon d’Alphonse Dolly (4,30 €) ou de VDP des Côtes de Thongue Caringole (3,50 €) et autres breuvages buvables jusqu’à 2 heures du matin, à la coule, sur fond de swing. Bref, du bien boire, du bien manger, du bien-être et du bien lire (le Guide Fooding en bibliothèque), ça mérite un petit coup de casquette.
Yves Nespoulous
Pour l'adresse, le téléphone et autres infos, voir Le Béguin.

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