Montreuil-sur-mer, sa citadelle fortifiée, son panorama, ses rues pavées, et son chef, Alexandre Gauthier. Un garnement de 28 ans qui cuisine comme on boxe en la maison père (lire La Grenouillère) mais n’hésite pas à descendre du ring aux étoiles pour crayonner sur l’ardoise une toute autre histoire. "Froggy’s", ça s’appelle. L’action se déroule dans un ancien silo remasterisé, sur des tables en bois de coffrage plastiqué de noir. Il était douze fois des escargots de Bourgogne qui voyageaient en cassolette, pendant que trois coquelets et quatre andouillettes tournicotaient joyeusement sur un manège enflammé. De l’autre côté du bar, vivaient en bon voisinage avec de la salade, des pommes brillamment sautées. Il arrivait parfois qu’un chou fleur se promenant en bol, se fasse subitement inonder de crème d’autres choux-fleurs, mais ce n'était pas gênant. Entendez par là, que même dans l’agonie, le chou-fleur ne fait pas de bruit. Un jour, des framboises en soupe, eurent la bonne idée de faire la même chose et jetèrent leur dévolu sur des brisures de boudoir au fond d’un creux, qu’elles noyèrent tendrement avant qu’une boule de glace au fromage blanc ne se jette dedans. Dans les verres, coulaient du Bois Jacou de Jean-François Merieau. Et, mis à part le crumble qui sentait curieusement le radiateur électrique (dessert non facturé, café offert, la classe quoi), les tomates anciennes qui pleuraient la sauce pistou et la muzak qui n’aurait jamais dû dépasser le seuil des toilettes, c’était un beau pays lointain. Comme Paris, depuis quelques temps, sait les raconter moins bien. À la carte compter env. 30 €.
Alexandre Cammas - photo : Jules Cammas
Pour l'adresse, le téléphone et autres infos, voir Froggy's Tavern.