Ça y est ? On se calme ? Tout le monde a fait son petit tour chez Passédat pour voir s’il méritait ses trois macarons ? Et pourquoi pas chez Guy Martin aussi, hein ? Des fois que ce soit injuste son macaron de moins. Il y a des chances après tout. Et ces macarons, d’ailleurs, Hermé ou Ladurée ? A l’huile d’olive ou café ? Depuis le temps que ça dure, on pourrait au moins nous dire la vérité sur leur parfum… Au pneu ?! Et alors, il n’y a pas de honte, faut le dire ! Le courage a toujours fait sensation dans les salons. Bon, et maintenant que c’est dit, qu’est-ce qu’on fait ? On vole à la rescousse du Président qui vient d’annoncer que la cuisine française était la meilleure du monde ? On lui propose de lui écrire gratis ses futurs discours pour limiter la casse à l’Unesco ? Depuis que l’inscription de la gastronomie française au patrimoine mondial de l'humanité est devenue un enjeu national, faut bien se serrer les coudes, non ? Ou alors, plus modestement, on se débrouille pour manquer le dernier TGV au départ de Valence, et on file dîner à Tain-L’Ermitage, dans un jeune bistrot à vins, tout de suite à gauche en sortant de chez Chapoutier. Le Mangevins, ça s’appelle. Zéro étoile, zéro arrogance, et une salle pleine à 20h30, ambiancée par Vincent et les copains vignerons de permanence ce mardi soir : Gripa, Coursoudon, Niero, Chatagnier, Cuilleron..., servis au verre à partir de 3 €. Une salle, disions-nous, où tout le monde sauce son assiette, finit ses verres et prend du fromage avant le dessert. Ce genre de salle qui sent exactement ce que l’on y sert : la viande grillée quand il y en a, le gâteau au chocolat quand il sort du four, le Saint-Nectaire puisqu’il est affiné pour de vrai… Et comme on commence à avoir faim, si on jetait un œil à travers le passe, pour voir un peu comment une Japonaise élevée à La Cachette par un autre chef japonais, s’en sort en plein coup de feu. Réponse plus vite que prévue dans le "BIP !" de Saint-Jacques minute, humecté d’un mélange balsamique blanc-huile de noisette, et coupé suffisamment épais pour nous faire oublier l’abus de langage bipé. Ou dans les pommes fondantes servies avec une andouillette ardéchoise tranchée, généreusement badigeonnée de crème moutarde à l’échalote. Voire, si on hésite encore, dans le vif d’une pâte croustillante surmontée de fins morceaux de pommes à peine épicés. Alors ? Alors, sois la bienvenue Keiko ! Sois la bienvenue dans un pays où un Président qui n’aime pas le vin et un fabricant de pneus haute performance, peuvent occuper à loisir l’intelligentsia gastronomique puisque les fraises ne sont pas encore de saison. Pour l'adresse, le téléphone et autres infos, voir Le Mangevins. Alexandre Cammas - photo DR