Ouf. Maguelonne Toussaint-Samat est vivante. On l'a même eue au téléphone. Sûrement pas grâce à son éditeur, infichu de retrouver ses coordonnées : "L'histoire naturelle et morale de la nourriture ? Ca date trop, on n'a plus son numéro, à cette vieille dame ! " On commençait à se faire du souci, quand même. Parce que Maguelonne, c'est pas n'importe qui. La Bible du gourmet érudit, c'est elle. Et puis on rêvait d'avoir son avis sur l'événement gastro-littéraire qui ébouriffe le microcosme des intellos fines bouches : la sortie d'une seconde "histoire de la cuisine" - The history of taste, un pavé que les auteurs ont jugé bon de faire commencer à la préhistoire et finir au McDo. Le "pavé" , Maguelonne ne l'a pas lu, mais la concurrence, ça ne lui fait pas peur : "Entre nous, une histoire du goût écrite par des Anglais, ça me laisse perplexe". En fait, les textes ont été rassemblés par un Américain : "C'est encore pire ! Trop sucré, trop gras… Les pauvres, ce n'est pas de leur faute, ce sont des ignares en la matière." Très scolaire, le livre regorge d'informations étonnantes : saviez-vous qu'au Moyen-Age et à la Renaissance, les Français ne cuisinaient que sucré-salé ? Privés de dessert jusqu'au XVIIe siècle ! Des anecdotes rigolotes, en revanche, on n'en a trouvé qu'une : agacés par la renommée des plats en sauce français, les Anglais du XVIIIe employaient le terme ragoût pour désigner n'importe quelle sophistication absurde. Maguelonne a raison. Une histoire du goût écrite en anglais, ça ne peut être que louche.