"ELLE EST À DEMI BONNE"

En réglant son addition, le type a dit à Josette, la patronne, quelque chose comme "je vous déteste". Quel malotru, dites donc ! C’est des façons de parler à une dame, ça ? Josette, visiblement, n’avait pas l’air choqué. Pour elle, ça sonnait même presque comme un compliment. Car quand un habitué de la Table de Chaintré vous dit qu’il vous déteste, c’est qu’il en a gros sur la patate. C’est ce que Josette nous a expliqué quand on lui a réglé la note, en lui disant que nous, on n’avait franchement pas détesté le menu autour de la truffe de Richerenches, concocté par Gérard, son mari. Des langoustines bretonnes bien saisies avec un peu de brocoli croquant, des gnocchis de pomme de terre vitelotte aux grenouilles, une tartelette aux poireaux et ris de veau, du lapereau de Saint-Trivier-de-Courtes confit huit heures, une glace à la truffe pour faire passer un clafoutis-sabayon de pistache, fraise et ananas, tout plein de mignardises, des vins à tomber (Overnoy, Thévenet, Barral, Chermette et consorts, sur une carte qui dit que si Beaujolais prend un "s", c’est parce qu’il y en a douze !), des coqs en céramique et des fausses fleurs plein la salle : voilà ce que Josette et Gérard offrent autour d’un menu unique changé chaque semaine. Enfin, "offraient". Parce qu’ils ferment fin mai, pour profiter d’eux et de la vie, après avoir bossé comme des dingues. Le "ouf" de dernière minute ? Josette nous a dit qu’ils seraient remplacés par un petit gars qui ne changera pas une note de cette partition. Le petit gars en question : Sébastien Grospellier, 31 ans, un ancien du Ritz à Lisbonne, ex de chez Jeunet à Arbois, de chez Loiseau, de La Réserve à Beaulieu. Bref, dépêchez-vous d'y courir.
Menu : 50 €. Beaujolais de chez Jambon à 23 €.
Pour l'adresse, le téléphone et autres infos, voir La Table de Chaintré.

Sébastien Demorand - illustration : Rik Bas Backer.



 
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